Historique

Doctorat en études sémiotiques : 40 ans d’approches interdisciplinaires sur le signe

Par Lucile Cremier, doctorant-e en sémiologie

Le Doctorat interdisciplinaire en études sémiotiques (DIES) est officiellement inauguré à la session d’automne 2019. Ce programme de réputation internationale a existé toutefois depuis 40 ans sous le nom de Doctorat en sémiologie. Après un patient exercice d’évaluation et une mise à jour des tendances en recherche, il a été redéfini afin d’assurer la continuité et le renouveau des études sémiotiques à l’UQAM. L’histoire de ce programme témoigne de son dynamisme et de sa constante adaptation aux avancées épistémologiques ainsi qu’aux réalités sociales.

Un programme unique en son genre…

Fondé au sein du Département d’études littéraires en 1979, quelques années après le premier congrès de l’International Association for Semiotic Studies, le « Doctorat en sémiologie » démontrait l’engouement de l’UQAM pour la recherche contemporaine et le dynamisme de ses professeur·e·s dans le monde universitaire international. Il fut l’un des premiers programmes de 3e cycle offerts à l’UQAM, ainsi que l’un des premiers programmes aux cycles supérieurs en études sémiotiques dans le monde. À ce jour, il reste le seul programme de cette nature en Amérique du Nord et dans la francophonie.

Dès ses débuts, le programme a favorisé des partenariats multi-départementaux et des projets transdisciplinaires. Il est devenu interfacultaire au fil de l’évolution des instances de l’Université. Les cours du programme ont su valoriser différentes approches des fondements et des fonctions de la sémiotique, préconisant l’application des théories sémiotiques à des objets d’étude traversant les domaines des communications, des arts et des lettres. Ainsi, les cours du programme puisent autant dans les contributions d’allégeance saussurienne et continentale que dans les travaux issus du pragmatisme américain et de la doctrine des signes de Charles S. Peirce.

Les études sémiotiques englobent en effet la sémiologie, ancrée dans la philosophie continentale du 20e siècle, et la sémiotique américaine, davantage axée sur la logique et les sciences cognitives. Elles désignent donc aussi bien une approche méthodologique d’objets variés – qu’ils soient propres à la littérature, les études féministes, l’histoire de l’art, la communication sociale et publique ou les productions culturelles et médiatiques – qu’un domaine de recherche spécifique sur la production du sens. Ne se limitant pas à une discipline traditionnelle, les études sémiotiques évoluent donc au fil des années selon les grands thèmes et les liens interdisciplinaires favorisés. 

À ce titre, l’UQAM a contribué au développement des approches sémiotique et intermédiale en littérature et à l’émergence de la sémiotique visuelle en art. En témoignent les travaux des professeur·e·s affilié·e·s au programme, dont Catherine Saouter, Bertrand Gervais, Johanne Villeneuve, Samuel Archibald, Rachel Bouvet et Sylvano Santini en Études littéraires, ou encore Jocelyne Lupien, Marie Fraser et Annie Gérin en Histoire de l’art.

Au sein du département de philosophie, les travaux de Jean-Guy Meunier, Serge Robert et François Latraverse furent fondateurs, notamment à travers le groupe de recherche Peirce-Wittgenstein et le Projet d’édition Peirce dirigé par ce dernier. Il faut aussi souligner les contributions de Louise Poissant (École des arts visuels et médiatiques), de Josette Féral (École supérieure de théâtre) et de Céline Poisson (École de design) à la présence renouvelée de la sémiotique au sein de l’UQAM.

À ce jour, plusieurs professeur·e·s contribuent aux réflexions contemporaines en biosémiotique (Jonathan Hope, Études littéraires) et en sémiotique des algorithmes et des données massives (Carolina Ferrer au département d’études littéraires et Maude Bonenfant au département de communication sociale et publique). Plus de trente-cinq professeur·e·s sont habilité·e·s à diriger les étudiant·e·s.

…qui a su s’adapter au fil du temps

Au cours de son existence, le programme de doctorat en sémiologie fait l’objet de plusieurs modifications majeures et mineures reflétant l’évolution des contextes universitaires local et international. Les modifications effectuées dans les années 1990 et 2000 cherchèrent à adapter les activités et la mission du programme aux avancées de la sémiotique à l’échelle mondiale, notamment à l’émergence des études culturelles et à l’expansion des sciences cognitives.

Suivant la mission de l’UQAM de rendre accessibles des études supérieures pertinentes et de qualité, la mise en place d’une formule en continuum d’études (passage direct du Baccalauréat au Doctorat) permit d’attirer dès la fin des années 1980 des étudiant·e·s intéressé·e·s par les études supérieures dans des domaines pour lesquels des programmes de maîtrise pertinents n’existaient pas encore. Alors que les programmes d’études aux cycles supérieurs à l’UQAM se sont multipliés dans les deux dernières décennies, il fallut repenser la place et la contribution d’un programme de doctorat en sémiologie aujourd’hui.

Dans les dix dernières années, les directions du programme Johanne Villeneuve, Carolina Ferrer puis Sylvano Santini (Études littéraires) pilotèrent un long processus d’autoévaluation, d’analyse externe et de consultation des professeur·e·s et des étudiant·e·s à ce propos. Ces travaux permirent de penser une nouvelle structure pour le programme, à la fois viable sur le plan pratique et fertile sur le plan de la recherche. Ils furent consolidés et finalisés en 2017 par un comité de refonte composé d’un·e professeur·e de chaque unité participante et d’un·e étudiant·e du programme élu·e par son association étudiante. Les membres du comité étaient Sylvano Santini (direction du programme de doctorat en sémiologie), Maude Bonenfant (département de communication sociale et publique), Marc Djaballah (département de philosophie), Jocelyne Lupien (département d’histoire de l’art), Pierre Barrette (École des médias), Jonathan Hope (département d’études littéraires) et Lucile Crémier (étudiant·e).

Former l’expertise en études sémiotiques contemporaines

À l’issue de cette refonte majeure, le programme de doctorat interdisciplinaire en études sémiotiques témoigne, par sa nouvelle structure et son contenu, de l’évolution de la recherche sur le signe depuis la fin du 20e siècle. Il vise à promouvoir la recherche contemporaine sur la vie des signes tout en accueillant la diversité des regards sur le champ d’études.

Afin de soutenir cette riche diversité et la rigueur d’une réflexion fondamentale sur le signe, le programme prévoit l’acquisition de bases solides en études sémiotiques, notamment à travers un tronc commun dédié à l’apprentissage des concepts fondamentaux et de l’histoire de la sémiotique avant de considérer les recherches actuelles dans le domaine. Des séminaires à contenu variable permettent à chaque étudiant·e de personnaliser son parcours et de s’orienter vers le sujet de sa thèse, la préparation duquel est encadrée par l’Atelier de thèse.

Au sein de sa cohorte, l’étudiant·e développe des connaissances sur la sémiotique en tant que champ vivant et interdisciplinaire tout en approfondissant les théories et les outils méthodologiques essentiels à son travail doctoral.

Des perspectives universitaires et professionnelles sans égal

L’université peut être fière de ce programme qui rassemble des étudiant·e·s de tous horizons animé·e·s par des intérêts de recherche variés. De nombreux·ses étudiant·e·s en provenance de de l’Europe, du Maghreb et de l’Amérique du Sud y poursuivent notamment leurs études. L’association étudiante du programme (Asso Sémio), le Laboratoire de résistance sémiotique et la revue Cygne noir sont quelques unes des plateformes de vie étudiante et de recherche propres au programme.

Plusieurs bourses sont disponibles pour les doctorant·e·s du programme, qui reçoivent également des bourses du CRSH et du FRQSC. Deux étudiant·e·s du programme ont notamment obtenu la prestigieuse bourse BESC Vanier dans les 7 dernières années.

Le programme présente des opportunités d’implication au sein de Centres, Laboratoires et groupes de recherche uqamiens et interuniversitaires. Citons entre autres l’Observatoire de l’imaginaire contemporain, FIGURA, le Laboratoire NT2, le CRILCQ-UQAM, le CELAT, le LANCI, le LATAO, le GRISQ, le GERSE, la Chaire de recherche sur les communautés de joueurs et les données massives, le Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, et le groupe de recherche Homo ludens.

À l’international, l’UQAM s’inscrit, via ce programme, dans le réseau mondial des études sémiotiques, notamment à travers la Semiotic Society of America et l’Association internationale d’études sémiotiques (IASS/AISS). Plusieurs étudiant·e·s diplômé·e·s du programme sont à présent basé·e·s à l’international, notamment aux Etats Unis et en Afrique du Sud. Les opportunités d’emploi et de carrière post-diplôme sont nombreuses dans les milieux privés et publics, à commencer par la recherche universitaire, l’enseignement et l’édition.

À l’ère de bouleversements sociaux, environnementaux et économiques sans précédent qui interrogent les notions fondamentales du juste, du vrai, du factuel et du symbolique, l’UQAM contribue à former la relève en matière d’analyse de la production du sens et de la communication.

Département d’études littéraires

Chef de file dans le domaine de la théorie littéraire, le Département d’études littéraires offre une vaste gamme de programmes aux trois cycles de formation. Au premier cycle : 1 programme de baccalauréat en études littéraires et 3 programmes de certificat (création littéraire; scénarisation cinématographique; composition et rédaction françaises). Aux cycles supérieurs : 1 programme de maîtrise (études littéraires, profil recherche ou création) et 2 programmes de doctorat (études littéraires et sémiologie).

Coordonnées

Département d'études littéraires
Local J-4205
405, rue Sainte-Catherine est
Montréal (Québec) H2L 2C4